Ça part de là !

27251_112953338732343_5888428_nIls ont appelé cette cité, La Résidence Gayant.

Ben j’en ai vu moi des résidences, ça ressemble pas du tout à ça !

Il faisait pourtant bon vivre dans les années 70/80 à Gayant.

Mon père travaillait comme chef d’un bureau d’études dans le bâtiment, quant à ma mère elle bossait à la médecine du travail de Douai.

Mon père, passionné de médecine, homme cultivé, a repris des études de dentiste sur un tard après une première carrière dans le bâtiment.

J’étais présent à sa soutenance de thèse à la faculté de Chirurgie dentaire de Lille, j’étais très fier et très heureux pour lui qu’il ait pu réaliser son rêve et apporté tant de fierté à sa mère.

Un soulagement pour toute la famille, le chemin fut long et difficile, mais le but était atteint.

Ces années d’études, nous les avons traversées en famille.

Même si le doctorat était une belle récompense pour lui, je tire mon chapeau à ma mère qui a été là durant ces longues années à le soutenir.

Bref, tout ça pour dire que nous avons eu quelques années compliquées mais tellement riches en plein d’autres choses.

J’avais la culture à la maison, l’accès à l’information, la bibliothèque garnie, les discussions à table en famille ou devant les émissions de télé qu’elles soient politiques, médicales ou sociétales, nous parlions beaucoup et de tout.

Tout ce savoir que mes parents m’ont permis d’avoir, m’a permis d’accéder à tant de choses, c’est la moitié de mon éducation.

L’autre moitié, je me la suis faite dans la rue.

Pas comme un gamin des rues dont les parents ne s’occupent pas de lui, mais comme un gamin qui se prenait en charge de 8 heures du matin à 18h30 environ lorsque ma mère rentrait du travail, mon père revenant de Lille chaque jour un peu plus tard.

Bien sûr il y avait l’école entre deux, heureusement ma mère rentrait chaque midi pour nous faire à manger à mon frère, ma sœur et moi-même, je n’ai jamais mangé à la cantine.

Et puis il y avait les week-ends et les vacances, je passais ma vie dehors, à jouer, à faire du vélo, à faire du sport chaque jour, et à trainer aussi, car à l’époque nous savions nous ennuyer, chose totalement inconnue chez les enfants d’aujourd’hui.

Il y avait un très gros décalage entre ma vie dedans et ma vie dehors.

Quelque chose ne collait pas.

Aucune discussion n’était possible avec la plupart de mes copains sur la société ou tout autre sujet.

Nous jouions au foot après avoir jeté 2 pulls en guise de cage sur la pelouse derrière les immeubles, nous allions « chercher » des cerises dans les jardins des maisons des rues adjacentes à la cité, nous récupérions les bouteilles de verre consignées pour les amener au Shopi du quartier afin de se faire 10 francs  que nous dépensions aussitôt en bonbons et autres sodas, nous nous battions parfois entre nous ou contre d’autres gamins, mais jamais nous ne discutions, c’est venu bien plus tard.

Je me souviens encore qu’un de mes copains d’enfance me racontait les jeux de 20 heures que je regardais uniquement une fois par semaine chez mes grands-parents le mardi soir, tandis qu’ à la maison à 20 heures c’était systématiquement le journal télévisé.

A la maison l’ambiance était douce avec la rigueur éducative de l’époque.

Nous respections nos parents, et eux nous respectaient également.

Jamais je n’ai entendu mes parents dire une grossièreté, la première fois que j’ai entendu ma mère dire « merde » je crois que je devais avoir 15 ans, certainement entrainée par 3 adolescents qui se permettaient de plus en plus d’écarts de langage à la maison.

J’avais des parents honnêtes, extrêmement honnêtes même, ne supportant aucun mensonge et condamnant le moindre petit larcin au même titre qu’un vol beaucoup plus important.

Ma mère nous répétait d’ailleurs sans cesse, qui vole un oeuf vole un boeuf.

Voilà le décor à la maison est posé.

Dans la rue, il y a tout ce que j’ai décrit plus haut mais nous vivions dans un quartier populaire, et tout n’était pas rose pour tout le monde.

J’ai gardé contact avec ceux de Gayant qui ont cru en la vie et en un « ailleurs » ou un « après » la Résidence Gayant.

Je pense que j’ai pu entendre et voir tout ce qu’il y a de plus terrible dans la vie des gens, les pires douleurs, les plus grandes détresses, et aussi énormément de solitude et d’isolement.

Toute cette souffrance faisait qu’il y avait des enfants « terribles », sans repères, livrés à eux-mêmes.

Moi qui avait une vie familiale agréable et intellectuellement riche, il a fallu que j’apprenne à me fondre, à m’adapter à ces autres gamins malheureux et souvent agressifs.

Je me souviens de l’un d’entre eux, arrivé en CE1 me semble-t-il dans ma classe, très perturbé, assez violent avec les autres enfants, en rebellion constante contre l’autorité.

J’étais bon copain avec lui, si bon qu’il s’était confié et m’avait montré les brûlures de cigarettes et les innombrables traces de ceintures qu’il avait dans le dos…

J’avais ressenti, si petit, cette solitude qu’il vivait, cette détresse face à un père violent.

Quand on est petit pour son âge, blondinet aux yeux bleus, ben croyez moi c’était pas facile tous les jours !

Très vite j’ai appris à me défendre, par des mots ou des techniques d’esquives, puis au fil du temps j’ai pris de l’assurance.

Sportif depuis mon plus jeune âge, vif et vaillant, je me suis même retrouvé à faire du service d’ordre dans des soirées pour gagner quelques centaines de francs.

Confronté très jeune à des violences de toutes sortes, tel le caméléon, j’ai réussi à me fondre et éviter tout dérapage, esquivant les plus « perturbés ».

Sans jamais être tombé dans la délinquance comme certains copains d’enfance, grâce à l’éducation que j’ai reçu de mes parents, mon quartier m’a appris à devenir un homme, qui n’a peur de rien, mais qui se méfie de tout et de tout le monde, conscient que le danger peut venir de partout et à n’importe quel moment.

Alors à Marseille, avec l’enfance que j’ai eu, je m’y sens bien, je m’y sens comme chez moi.

Je me sens à l’aise ici, avec tous les marseillais, du nord au sud et d’est en ouest.

J’aime les gens qui y vivent, qui font Marseille, quelles que soient leurs origines sociales ou ethniques, la diversité c’est la vie, la diversité c’est Marseille.

La richesse de cette ville c’est cette mixité sociale, tout le monde se retrouve, tout le monde vit ensemble, et ça ne changera jamais.

Cette tolérance est ancrée dans Marseille et dans le cœur des marseillais parce que ça a toujours été comme ça, ça fait partie de l’empreinte génétique qui est transmise de génération en génération.

Et ben pour moi c’est pareil (je ne suis pas Le Marseilleur pour rien), mon enfance m’a tellement marquée qu’elle m’a fait aimer les gens, et ça je le transmets avec conviction à mes enfants.

Qu’ils soient noirs ou blancs, riches ou pauvres, les gens m’apportent cet autre moi car je pense que chaque être humain vit dans chacun d’entre nous…

Résidence Gayant
Résidence Gayant – Avenue du Docteur Schweitzer – Douai (59)

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