Anticipation : Aller simple !

Marseille, le 23 avril 2019.

Les rues sont désertes.

Presque plus personne ne sort sans raison.

C’est la pénurie de carburant.

La France est en guerre.

Une guerre qui a franchi nos frontières.

Ils viennent jusque dans vos bras, égorger vos fils, vos compagnes…

Le temps où nous nous promenions aux Terrasses du Port, sur la Canebière, où nous prenions le métro, nous allions nous baigner au Prado, tout ça c’est terminé !

Poutine, Xi Jinping et Kim Jong-Un se sont alliés pour conquérir l’Europe.

Quant aux Etats-Unis, depuis toujours nos alliés nous ont lâché avec Donald Trump au pouvoir.

Tout a basculé le dimanche 7 mai 2017, je m’en souviens encore comme si c’était hier.

La campagne pour les Présidentielles en France fut une catastrophe.

Le Front National avec à sa tête Marine Le Pen est au pouvoir, l’abstention…

Je me souviens, j’ai pleuré.

J’ai pleuré pour mes enfants et j’ai pleuré pour mes grands-parents qui ont tant souffert du fascisme et qui doivent se retourner dans leurs tombes.

Tout est allé très vite.

Les lois sont passées, les unes après les autres sous la magie du 49/3.

Les importations chinoises (entre autres) ont été bloquées, irritant les dirigeants chinois et ses alliés.

La guerre fut déclarée, en un mois nous étions envahi par une armée composée de millions d’hommes qui occupent depuis l’ensemble de l’Europe hormis la Grande-Bretagne toujours alliée des Etats-Unis.

La résistance impossible à organiser, les nouvelles technologies auront eu raison de l’humanité.

C’est fini les réseaux, les soutiens des uns et des autres, le Club des 30, les matchs au Vélodrome,…

Nous ne sommes plus rien d’autres que de simples « citoyens » de seconde zone d’un pays occupé par l’ennemi, des victimes collatérales d’un pays en guerre.

L’économie est au point mort, il parait que les choses devraient se rétablir d’ici un an ou deux, histoire de bien continuer à affaiblir le peuple français.

Le seul continent à ne pas être touché hormis l’Amérique, c’est le continent africain.

Ceux là même qui ont tant souffert de la guerre, du terrorisme, et de l’exil.

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Il y a eu beaucoup de départs dans les premiers mois vers les Etats-Unis, évidemment les plus fortunés ont réussi à se procurer des visas.

Les algériens, marocains et tous ceux originaires de pays africains, ceux qui avaient encore de la famille ou des amis au pays sont partis dans la précipitation.

Je les ai vu partir un par un mes amis, heureux de savoir qu’ils allaient sortir de cette guerre à quelques heures de bateau seulement.

Deux années de privations et de peur sont passées depuis le 7 mai 2017.

Nous allons partir, enfin, fuir cette guerre comme des millions de gens l’ont fait avant nous dans de nombreux pays du monde avant 2017.

Le flux migratoire a changé de sens, les souffrances ne sont plus du même côté de la planète.

Ce qui va sauver ma famille, c’est l’amour et le respect de l’autre que j’ai toujours eu.

Mon amie Mira a 30 ans aujourd’hui, elle est repartie à Constantine dès le début de la guerre.

Elle avait quitté enfant cette ville et ce pays qu’elle aimait tant, fuyant le terrorisme qui sévissait en Algérie dans les années 90.

Elle n’a pas oublié la promesse qu’elle m’a faite le jour de son départ avec sa maman avant de monter sur le El Djazaïr à destination d’Alger.

« Je ne vous laisserai pas là, ma porte vous sera ouverte à Constantine dès que vous pourrez fuir, l’Algérie est une terre d’accueil ».

C’est une magnifique chaîne humaine composée d’amour et de solidarité qui nous aura sorti de cet enfer.

Tout d’abord le Commandant d’Algérie Ferries avec qui j’ai travaillé durant des années sur les bateaux lorsqu’ils étaient à quai à Marseille, il nous a offert les billets, Aller Simple pour Alger.

Mon ami Hassan, Président d’une association économique Franco-Algérienne, s’est occupé des visas pour toute ma famille, il n’a pas oublié l’amitié que je lui portais.

Bien d’autres amis et inconnus ont tant œuvré pour que nous puissions quitter la France, fuir à notre tour la guerre et ses persécutions.

C’est le grand jour, nous montons sur le bateau, le Tariq, qui nous emmène enfin à Alger.

Alger, Terre d’asile, pour nous français, première étape du monde libre.

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